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David Richards :
Texte: RAPHAEL DELESSERT – journal 24 Heures – mercredi 15 avril 2009

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Hiver 1975, les Rolling Stones gravent Black and Blue à Montreux. Dans la régie dernier cri, face aux monstres sacrés, un gamin. de 19 ans tout juste débarqué d'Angleterre: David Richards. Installé à deux pas du lac, le Mountain Studio, dans lequel officie le jeune assistant, est doté de l'équipement le plus moderne du monde. Les Stones dorment le jour et bossent toute la nuit. Un rythme auquel peine à s'habituer le prestigieux homonyme de David, Keith Richards. Une nuit, alors que le groupe festoie autour d'un gigantesque banquet à l'étage avant de se mettre à l'oeuvre, le téléphone sonne au studio. C'est la femme de Mick Jagger, David rejoint le groupe et glisse timidement un mot au chanteur. De l'autre côté de la table, Keith Richards dort, le visage plongé dans son assiette. Personne ne s'en émeut. Ce même flegme, cultivé en Albion, David Richards l'affiche derrière sa régie. La liste des artistes qui se succèdent à Montreux entre 1975 et 1990 donnerait le vertige à Claude Nobs lui-même: David Bowie, Bryan Ferry, Led Zeppelin, Deep Purple, Miles Davis, Queen, Michael Jackson, Jacques Dutronc, Françoise Hardy. «Il y a une forme de superstition dans le monde musical. Si un artiste enregistre un gros tube dans un studio, les autres cherchent à venir aussi.» A son grand regret pourtant, Genesis n'a jamais poussé la porte du Mountain Studio. «Stevie Wonder non plus. Je l'attends toujours.» A l'époque, les groupes prenaient leur temps sans regarder l'addition: Emerson Lake and Palmer ont lézardé six mois à Montreux avant d'accoucher de leur disque. Quant à Yes. «ils_débarquèrent ici sans la moindre note dans la tête. Je me souviens d'un matin où le groupe était plus préoccupé par la langouste qu'ils allaient déguster à midi que par la musique à écrire» Les artistes ne carburent pourtarit pas tous aux crustacés, et bon nombre d'entre eux usent et abusent de substances peu licites: «Bien sûr qu'il y avait de la drogue, ils en prenaient parce qu'ils pensaient qu'elle stimulait leur inspiration. Mais, tout comme l'alcool, c'est un piège à éviter.» David Richards, lui, avalait plutôt du sirop de framboise lorsqu'en 1959, il pose pour la première fois ses mains sur un piano. Il a 3 ans et c'est de la musique qui jaillit des marteaux. Doué, le marmot de la banlieue londonienne donne son premier concert devant 300 personnes deux ans plus tard, et rafle un prix dans la foulée. A 8 ans, son père l'envoie écouter l'enregistrement de la musique d'un James Bond. «II y avait un son énorme, tous ces boutons et des types bien fringués et cool derrière la régie. J'ai réalisé que c'était ce que je voulais faire.» Il découpe ses premières bandes avec des lames de rasoir. Objectif: en extraire des morceaux de trois minutes chrono destinés à accompagner ses pirouettes sur glace ainsi que celles de sa sœur.

En 1973, la crise de l'adolescence tourne court pour le jeune Anglais aux longs cheveux blonds. Alors qu'il enchaîne les grasses matinées pendant les vacances d'été, son paternel débarque dans sa chambre, lui botte les fesses et lui tend la liste de cinq studios prestigieux de Londres. «Il m'a dit: «File et ne reviens que lorsque tu auras trouvé un job.» Quelques jours plus tard, David Richards prépare le café pour Bing Crosby dans les prestigieux Chapels Studios. «J'y ai appris à respecter les musiciens et à ne jamais les interrompre lorsqu'ils cherchaient une idée.» Sa voix douce et ses yeux bleu clair ont séduit un iour Collette, l'exubérante Irlandaise qui sera sa femme pendant vingt-trois ans. Puis, après une longue histoire d'amour avec la violoncelliste montreusienne Nathalie Manser, Cupidon a dardé ses flèches vers la Chine et Vivian Wong. Ils vivent et travaillent désormais tous deux à Attalens. A, Montreux, le studio est en effet devenu discothèque, et c'est dans la campagne fribourgeoise, sous les poutres de sa grande villa, que David Richards enregistre depuis cinq ans les stars et les autres. «Les artistes peuvent loger et jouer leur musique sous le même toit. Ils aiment beaucoup la région.»
Reste à faire venir Stevie Wonder.


CONTINUITÉ
C'est à 8 ans, en écoutant l'enregistrement de la musique d'un James Bond, que le producteur et ingénieur du son a eu la révélation de son métier.

Naît le 20 février à Carshalton, au sud de Londres, Son père est orchestrateur pour des productions hollywoodiennes.
1973
Renonce à l'Académie musicale de Londres et se lance dans une carrière d'ingénieur du son, '
1975
Arrivée au Mountain Studio, à Montreux. D'abord assistant, puis rapidement directeur et propriétaire,
1977
Mariage avec Collette, Wendy et Christopher naîtront de cette union,
1991
Freddie Mercury, très affaibli par le sida, enregistre au Mountain Studio:
«Ses derniers mots, il les a chantés et j'ai été son scribe.»
1994
Bil/board le nomme producteur du mois avec trois disques classés No 1(Queen, Duran Duran, Bowie),
2002
Emigre à Attalens et y déménage le Mountain Studio.