
Du 2 au 17 juillet 2010 C’est Phil Collins qui ouvre les feux de cette 44ème édition, le 1er juillet, avec un concert hors festival exclusif intitulé « Up Close & Personal: Phil Collins Plays 60's Motown & Soul ».
Le subtil batteur du groupe de prog-rock Genesis nous offre un voyage musical dans le temps: son interprétation des plus grands tubes de R&B, soul et pop des années 60 passe en revue les grands classiques inoubliables du label Motown. Le lendemain, c’est Roxy Music, groupe mythique des années 70, prédécesseurs du punk et du glam rock qui monte sur scène au Stravinski dans sa formation originale, mais sans Eno. Grande surprise avec entrée en scène de Billy Cobham et John McLaughlin, deux disciples de Miles Davis et brillants musiciens, pour une démonstration de leurs talents. En même temps, dans le Miles Davis Hall, Beach House cède la place à Air, duo électronique français formé par Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin avec cinq albums à leur palmarès.
Le 3 juillet c’est Norah Jones qui prend possession de l’Auditorium Stravinski avec son quatrième album studio, « The Fall », Norah Jones n’a pas manqué d’ajouter le célèbre festival montreusien à sa tournée. Elle déclare d’ailleurs, durant son concert, que Montreux était « one of the most beautiful cities ever. It’s so beautiful, i wish I could live here sometimes when i’m stressed out. » (traduction : « une des plus belles villes. Elle est tellement belle que j’aimerais vivre ici quand je suis stressée ». Après avoir fait une apparition surprise aux côtés de Willy Mason qui se charge de la première partie, la chanteuse donne le coup d’envoi d’une soirée placée sous le signe du jazz, du folk et de la country. Tantôt à la guitare, tantôt au piano, Norah Jones envoûte le public avec un répertoire constitué en majorité de ses nouvelles compositions, sans toutefois oublier ses classiques. Pendant ce temps, deux groupes qui cartonnent, les Black Box Revelation et les terribles Dead Weather, font vibrer le Miles Davis Hall avec du rock - mais pas n’importe quel rock, un rock garage, noisy à souhait et décadent. Considéré comme l’un des meilleurs guitaristes au monde, Jack White avait sa place au sein du groupe The Dead Weather en tant que batteur. Avec Alison Mosshart, (The Kills) pour chanteuse, et le génie White, pas de doute, le groupe a tout explosé. Changement de registre le lendemain au Stravinski Jessye Norman, pour la première fois à Montreux, qui a commencé à chanter le Gospel à l'âge de quatre ans dans une église baptiste. Elle est l'une des chanteuses d'opéra contemporaines les plus admirées. Présentée sur scène par Claude Nobs & Quincy Jones, elle apparaît toute de noir vêtue, avec un bandeau rouge orange dans sa chevelure abondante. Quelle voix et quelle présence sur scène! Avec cinq musiciens, le concert débute par un Negro Spiritual et Jessye Norman rappelle au public que cette catégorie de chants est à l'origine du Jazz, du Hip Hop, de LR&B ….. de tout, quoi! Que ce soit en allemand avec « Mac The Knife » ou avec la chanson française: "Les chemins de l'amour" de Francis Poulenc et "J'ai deux amours, mon pays et Paris" elle est brillante dans tous les répertoires et offre au public surpris l'air de l'opéra de Bizet, Carmen: « L'amour est enfant de Bohème". Dans la deuxième partie de son concert, les classiques du Jazz (Gerswhin et autres) sont interprétés avec maestria.
Le 6 juillet, c’est du rock avec Billy Idol, seul rescapé de Generation X, son groupe de punk rock britannique qu'il fonde dans les 70 puis Gary Moore qui monte le son avec son rock et blues endiablés. Dans la salle Miles Davis c’est l’émeute. Prince est venu assister au concert de Janelle Monae, la nouvelle diva de la soul américaine. «Il est arrivé à 17.30 à Genève avec un seul accompagnant et a rallié Montreux une heure après», a dit un membre proche de l’organisation. Habillé sobrement (tunique forcément pourpre et pantalon mauve), Prince s’est ensuite rendu au Montreux Jazz Café, où il avait lui-même joué il y a trois ans. Notons au passage que Prince vient de sortir un nouvel opus, intitulé «20Ten». Parmi les dix titres que contient ce disque se trouve «Lavaux», une chanson qui, comme son nom l’indique, vante les mérites de la région viticole vaudoise. Ce nouvel album de Prince a de nouveau été distribué sans passer par le réseau standard. Samedi, 10 juillet, il a été offert avec les quotidiens britanniques «Daily Mirror» et «Daily Record» ainsi qu’encarté dans «Het Nieuwsblad» et «De Gentenaar» de Belgique. Le 22 juillet, il a été joint au «Rolling Stones» allemand et au «Courrier International» en France. Combinant soul, groove, funk et folk acoustique, le chanteur compositeur Ben Harper est présent sur scène le 7 juillet, tandis qu’au Miles Davis, on prépare le plateau pour la venue de Pat Metheney, guitariste et compositeur mondialement connu qui a montré sa passion, sa fidélité au rock et son amour du jazz. Il s’est produit avec Lyle Mays, entre autres. Changement de registre le lendemain avec Massive Attack, pionniers du mouvement hip-hop et qui sont parmi les groupes les plus novateurs et les plus influents de leur génération. Paco de Lucia joue de la guitare flamenco. Il a fait d’un instrument marginal un phénomène mondial en introduisant le tambour cajun, la basse et les percussions pour le plus grand bonheur de ses fans au Miles Davis.
Le 9 juillet, une énergie tout africaine met l’Auditorium Stravinski en ébullition. L’hommage à Miriam Makeba d’Angélique Kidjo réunit les plus grandes vedettes musicales africaines du moment, dont Youssou N'Dour qui vient d'avoir 50 ans. Vanessa Paradis a entamé sa carrière en 1987 à l'âge de 14 ans. Pour sa première à Montreux, elle vient présenter ses morceaux en acoustique. Toute seule, ou presque. Huit musiciens viennent bercer les auditeurs de l’auditorium Stravinski. Vanessa Paradis électrise le Montreux Jazz Festival. Le Keith Jarrett trio a foulé les planches de l'ancien Casino de Montreux en 1967, lors de la première édition du Festival! On touche au plus haut niveau de la musique avec ces musiciens, référence d'excellence dans le jazz, non seulement d'un point de vue musical, mais aussi dans l'art de l'improvisation. Keith Jarrett, pianiste américain, ancien compagnon de scène de Miles Davis, est accompagné - comme en 1967 - par Gary Peacock (basse) et Jack De Johnette (batterie). Brillant concert ce dimanche 11 juillet! Le soir du lundi 12 juillet 2010, le Swiss Army Big Band, dirigé par Pepe Lienhard, partage pour la deuxième fois, avec des stars internationales, l’affiche du Montreux Jazz Festival. Ils accompagnent Marc Sway, Kirsty (l’épouse d’Ernesto Bertarelli), Seven, ou encore Petula Clark qui s’était produite sur scène, à Montreux, en 1964, avec un certain groupe rock du nom de… Rolling Stones! Pendant ce temps, Chick Corea se produit au Miles Davis Hall avec Kenny Garrett, Roy Haynes et Christian McBride et son Freedom Band pour distiller du jazz pur. Diana Krall investit l’Auditorium Stravinski plein à craquer pour une heure et quart de jazz. Plus tard dans la soirée c’est son mari, Elvis Costello, accompagné des Sugarcanes, qui assure la fin de la soirée. Au vu de la programmation éclectique et de la qualité qu’offre le Montreux Jazz Festival, on a parfois tendance à oublier que le thème de ce festival est avant tout le jazz, et Diana Krall rappelle ce « détail ». Grande, belle et d’apparence assez froide, la canadienne entre sur scène, accompagnée d’une guitariste, d’une contrebassiste et d’un batteur. Les quatre musiciens offerent un concert d’une très grande qualité. On ne présente plus Buddy Guy, celui qui fut, dès la fin des années 50, un des représentants les plus flamboyant du style West Side de Chicago. Ayant profondément influencé des géants du rock telles que Jimi Hendrix ou Eric Clapton, il fait partie des très grands de l'histoire de la musique. A Montreux c’est un déluge de notes qui jaillit de sa bonne vieille Fender crème. Pas besoin de tour de chauffe, Buddy Guy, le bon génie électrique des nuits de Chicago, est déjà en transe. Défiguré par l’extase, il se lance dans un solo vaudou, «hendrixien» renversant. Derrière, l’orchestre peine à suivre, mais ça n’est pas grave: le bluesman légendaire assure seul le spectacle, cognant à la porte du paradis pour une foule qui n’attend que cela. Ensuite c’est au tour de Joe Bonamassa, originaire d'Utica, NY, qui jouait du blues avant même de savoir conduire une voiture. Découvrant la musique de Stevie Ray Vaughan dès l'âge de quatre ans, il a immédiatement été fasciné par l'énergie incroyable dégagée par ce musicien. A huit ans, il a fait les premières parties de concert de B.B. King, et à l'âge de 12 ans, il jouait régulièrement à New York. Cette année, Mick Hucknall célèbre 25 ans de service ininterrompu avec le groupe qu'il a fondé: Simply Red. Groupe influencé par des genres aussi divers que la pop, le rock, le jazz, le reggae et la blue-eyed soul, ils a connu de nombreux succès et c’est devant une salle Stravinski comble et un public conquis d’avance que Mick Hucknall se produit. Pendant ce temps, Sophie Hunger, la jeune chanteuse suisse alémanique, déploye ses ailes pour la deuxième fois au Montreux Jazz Festival, devant une salle fascinée. Une Sophie Hunger beaucoup plus lumineuse que ses albums ne le laissent présager…
Le 15 juillet est certainement l’événement du Festival : Mark Knopfler, chanteur et guitariste de génie, compositeur et interprète, qui a sorti six disques en solo depuis la séparation du groupe mythique Dire Straits en 1995. A bientôt 62 ans, il continue de manier sa Fender Stratocaster comme un dieu du swing et de composer de tendres ballades rock-blues à la saveur incomparable. Son concert est un mélange de son dernier album, «Get Lucky», sorti en septembre 2009, et de compositions de Dire Straits. Il n’a aucune peine à enflammer l’Auditorium Stravinski plein à craquer. Le lendemain c’est l’événement « Quincy Jones And The Global Gumbo All-Stars » qui foule la scène du Stravinski. C’est Quincy en personne qui dirige en exclusivité pour le Montreux Jazz Festival un super groupe de musiciens divers avant que n’arrive sur scène le virtuose des claviers, Herbie Hancock. Accompagné de musiciens de haut vol, l’artiste revient pour la 26ème fois sur la scène de Montreux. La magie du jazz opère pleinement avec son « Imagine Project » et quelques musiciens de très haut niveau (Vinnie Colaiuta à la batterie, ex Frank Zappa, McLaughlin, Jeff Beck etc, ou encore Tal Wilkenfeld, une fougueuse bassiste de 24 ans au talent à couper le souffle). Pour le dernier soir du festival, c’est elle qui chante mais c’est lui la star. Déclenchant une effervescence rare, Roman Polanski est venu assister au concert de sa femme, Emmanuelle Seigner. Invité de dernière minute, il y a fait sa première apparition publique depuis son assignation à résidence à Gstaad. Accompagnée de trois musiciens, l'actrice et chanteuse de 44 ans joue devant près de 2000 personnes et pendant une heure des titres rock de son dernier album, "Dingue", ainsi que quelques reprises. Roman Polanski assiste au concert dans les loges du premier étage, à l'abri de la presse. Le Festival de Montreux a encore démontré cette année sa spécificité. Ce n’est décidément pas un rendez-vous de plus dans la valse des manifestations musicales. Grâce à lui, Prince écrit une chanson sur Lavaux. Phil Collins en a ouvert les feux avec son hommage soul à la Motown. Les artistes les plus en vue de l’année écoulée y ont donné un concert: The Dead Weather, Charlotte Gainsbourg, Keith Jarrett, Vanessa Paradis… Et les anciennes étoiles, comme Roxy Music, Mark Knopfler, Billy Idol ou Simply Red, y ravivent volontiers la nostalgie.
Voilà pour les fastes d’une édition 2010 qui, côté chiffres bruts, annonce un taux de remplissage de ses concerts de 85%, avec 14 soirées complètes sur 17 pour l’Auditorium Stravinski, contre seulement 9 pour sa petite sœur, le Miles Davis Hall. Comme les années précédentes, les festivaliers ont pu se régaler jusqu'au petit matin de concerts gratuits. Ces derniers constituent tout de même deux tiers de l'offre du MJF, a rappelé Claude Nobs. Le festival attire environ 100'000 spectateurs payants et 130'000 non payants, a-t-il noté.
Merci Claude Nobs pour cette 44ème édition et - à l’année prochaine!